Regards croisés

Après 5 semaines de voyage sur la Côte Ouest nous arrivons à San Francisco où nous allons nous installer pour 3 mois. C’est l’occasion de choisir des moments du voyage qui nous ont marqués, bons et mauvais, sans nous concerter, et poser la même question aux enfants.

Victor

3 bons moments

  • Lassen National Park: Lassen Volcanic National Park, au nord de San Francisco. Nous avons passé la soirée la veille dans le Campground du National Park avec tout ce que j’aime : au bord d’un lac, en pleine nature, diner au coin du feu en regardant les étoiles. Pas un bruit. Nous décidons de nous lever à l’aube le lendemain, pour aller voir le lever du soleil, une promenade d’1h, soit le maximum pour les enfants. Quand nous partons aux premières lueurs, tous les 6, Emile est attentif et bien sage dans mon dos. Les enfants marchent sans se plaindre, et posent plein de questions sur la forêt que nous traversons, les arbres, les animaux. Ils s’intéressent d’eux-mêmes, et pas comme d’habitude pour nous faire plaisir ou pour répondre à notre énième sollicitation. Au retour, je pars devant avec Maxime, qui se met soudain à me raconter des histoires. Des histoires de volcans, invraisemblables, mais avec des détails puisés dans tout ce qu’il a entendu depuis le début du séjour. Je suis fier de mon petit bonhomme de 3 ans et demi. Surtout, je me rends compte pour la première fois de ce qu’apporte le fait de passer beaucoup de temps avec les enfants, et pas seulement 1h le matin et 1h le soir, en courant pour aller à l’école, ou en attendant impatiemment de les coucher enfin parce que la journée a été longue, comme c’est souvent le cas à Paris : cela permet d’être disponible quand les enfants décident soudain, sans préavis, de nous raconter quelque chose. Je comprends ce matin que c’est l’opportunité de passer une année avec eux qui me permet de partager ces moments de complicité quand ils se présentent
  • Monument Valley et ses westerns : arrivée sous la pluie, dans les flaques, après avoir traversé le territoire Navajo et ses baraquements lugubres, qui font de la peine pour les peuples indiens. Arrivant d’immenses parcs nationaux, nous jugeons que Monument Valley n’est qu’un tableau, une dizaine de rochers qui sortent d’un désert de sable. Nous avions prévu d’y passer 2 jours qui nous semblent soudain une perspective interminable. Camping triste, sans intimité, sous la pluie. Nous décidons pour la seule fois du voyage de changer nos plans et de partir dès le lendemain pour le Lac Powell. Et puis les choses s’enchaînent. La pluie s’arrête pour nous offrir un magnifique coucher de soleil. Sur le chemin du retour vers le camping, nous nous arrêtons au musée John Wayne, par hasard. Nous y découvrons une mine d’or sur l’histoire des Westerns, dans les vrais lieux du tournage de la Charge Héroïque de John Ford, remplis de témoignages passionnants. Et nous apprenons qu’un western avec John Wayne est diffusé tous les soirs, alors que j’essaie depuis 10 jours d’en télécharger un sur ma tablette, et que jamais une connexion wifi décente ne m’a permis de réaliser ce rêve fou. Nous restons pour la diffusion de La Prisonnière du Désert. Emile dort, les enfants sont passionnés et posent beaucoup de questions (beaucoup trop). Les paysages sont ceux de notre cadre du jour. Madeleine de Proust des soirées western en famille de mon enfance, le mardi soir lors de la Dernière Séance d’Eddy Mitchell. Et cerise sur le gâteau, en nous réveillant le lendemain dans notre camping tristounet, nous nous apercevons qu’il offre une des plus belles vues dominantes sur Monument Valley. Les westerns avec John Wayne, Lucky Luke, ces paysages ancrés dans l’imaginaire de mon enfance… La métamorphose de cette journée glauque en soirée western, le premier des enfants, dans le lieu-même du tournage, en a fait une expérience inoubliable.
  • Lake Powell : Nous avons vu des paysages extraordinaires depuis notre arrivée, mais les 4 enfants limitent fortement l’ambition des activités communes, surtout les sorties sportives. Sauf qu’au Lac Powell, le must c’est de louer un bateau, sans permis, et de foncer sur ce lac immense au milieu du désert. Et ça, les enfants ne pourront pas m’en empêcher, même pas Emile ! Nous embarquons donc tous ensemble sur le bateau, les 3 enfants sont excités comme les fous, Emile est calme dans les bras d’Aude. Le bateau file, nous explorons des canyons magiques, nous arrêtons sur une plage déserte. Je fais croire aux enfants qu’ils doivent tenir le bateau (pourtant très bien échoué sur la plage) pour l’empêcher de dériver, si bien qu’ils tirent tous les 3 inutilement sur une corde pour le retenir, pendant que je fais une vraie sieste, la première du séjour. L’endroit est magnifique, nous avons fait du bateau à fond comme les autres (c’est-à-dire tous ceux sans petits enfants qui semblent nous narguer avec toutes leurs activités), les enfants me prennent pour le roi des pilotes, j’ai fait une sieste, la vie est belle !

3 mauvais moments :

  • Balade à Bryce Canyon : La visite de Bryce Canyon avait déjà mal débuté, puisque nous avions commencé par tomber dans le piège d’un diner « cow boy », et nous sommes retrouvés au milieu d’un voyage organisé pour 300 seniors, à faire la queue comme à la cantine, pendant que des musiciens très loin de nous sur la scène portaient effectivement un Stetson. Mais le lendemain, alors que nous tentons de faire une balade dans le canyon, la scène vire au drame. Nous avons mis 2 heures à gérer la logistique et préparer  les enfants, leur mettre de la crème solaire, chercher la casquette de Georges, où est ta casquette Georges, elle est perdue, colère d’Aude, casquette retrouvée, colère de Georges qui ne veut pas la mettre car elle est moche, Candice où sont tes lunettes de soleil, ce n’est quand même pas à moi de les ranger, ce sont TES lunettes ! Evidemment, pendant que nous cherchons les lunettes de Candice, Georges et Max font une course de chevaux sur la poussette d’Emile, et sautent tellement dessus qu’ils finissent par la casser. Plus de poussette pour Emile… Après cette charmante scène de la vie quotidienne, nous nous présentons finalement à l’entrée du canyon à la pire heure de la journée, midi. Nous démarrons donc la balade en plein cagnard, et ne devons pas trainer avant le biberon d’Emile. Dans mon dos, sur un porte-bébé conçu pour un enfant de 2 ans, et dans lequel je me demande encore comment nous avons cru pouvoir y faire tenir un bébé de 5 mois, Emile glisse de partout, bave, se tortille, sa casquette lui tombe sur les yeux, il la perd, il est attaqué par le soleil de midi. Rien à faire. Après 15 minutes de descente, je rends les armes et remonte avec lui pendant qu’Aude fait la balade avec les autres. Je rumine et me dis que nos enfants sont beaucoup trop petits pour un tel voyage, et que ce n’est même pas la peine d’essayer de faire de simples balades…
  • Un simple montant de fenêtre : C’est un simple montant de fenêtre arrière du camping-car, un bout de plastique banal, sur lequel je m’appuie le soir à travers mon oreiller, pour lire. Moi qui n’ai plus mal au dos depuis que mon kiné miracle a résolu le problème avec la méthode Mézière. Un simple montant de fenêtre qui me donne un horrible mal de dos au réveil le lendemain, et me fait passer une très mauvaise journée au volant. Mon mal de dos prend le pas sur le reste, sur le voyage, sur la beauté des paysages, il s’impose à moi, et je ne pense plus qu’à lui, ce qui me rappelle mes cours de philo sur le corps, cet objet utilitaire jusqu’à ce que la douleur le rende maître de notre esprit. La douleur passe après quelques jours, mais je suis conscient que notre aventure ne tient qu’à un fil : celui de la santé, à tous les 6, et seule l’absence de maladie ou d’accident nous permettra de profiter de cette année extraordinaire jusqu’au bout.
  • Camping de Bakersfield : Nous sommes à la moitié du voyage, et faisons étape à Bakersfield, entre Séquoia Park et Las Vegas. Camping « de luxe » avec sa piscine et son jacuzzi. Mais camping sans aucun charme, un alignement de gros camping-car sur du béton, dans une ville où il n’y a rien à voir. De toute façon il fait trop chaud pour visiter quoi que ce soit. Nous sommes au bord de l’autoroute, et profitons de la mélodie des voitures qui filent. Autour de nous, le long de la route, des concessionnaires auto, des vendeurs de pneus, des malls avec d’immenses parking. Nous ne sortons de la piscine que pour nous réfugier dans le camping-car et sa climatisation, au bruit assourdissant, trop froide. La connexion internet ne permet pas de regarder Netflix, et donc les enfants s’auto-hypnotisent pour la 10ème fois devant Planes, le seul film chargé dans l’IPAD. Ce soir-là, Aude et moi nous sommes demandés ce que nous faisions là…

Aude

3 bons moments :

  • L’Oregon : N’ayant pas préparé ce voyage en camping car et ne connaissant pas l’Ouest américain, cette première étape était pour moi la découverte de ces paysages imaginaires. Nous avons roulé pendant des miles à travers les forêts, les montagnes, nous avons traversé des territoires inconnus de nous et du tourisme commun pour nous arrêter dans des lieux où seuls les habitués américains semblent aller. Nous avons découvert ensemble un nouveau rythme où le temps s’arrête, nous avons eu l’impression que même les enfants décrochaient de leurs habitudes et se contentaient de s’adapter à ce que chaque endroit leur apportait en termes de nouveaux jeux, nouvelles cabanes et nouvelles balades. Il m’a semblé que nous apprenions de nouveau à nous connaître, sans qu’aucune autre contrainte que l’organisation de notre vie quotidienne ne vienne polluer notre vie familiale. La découverte de Crater Lake, lac inaccessible entouré de montagnes, aux couleurs changeantes selon les heures de la journée, et Candice me récitant le dernier poème qu’elle avait appris a été pour moi un épisode unique de ce début de voyage !
  • Monument Valley : La vallée des westerns. Il faut le voir pour se rendre compte de l’immensité du décor qu’aucune carte postale ne peut décrire. La vue est grandiose, il suffit de s’installer à la porte du musée John Wayne, entendre son grincement, et on a l’impression d’être dans un saloon à attendre des cow boys à cheval débarquer dans la vallée !
  • Yosemite : Commencer la journée en buvant son café dans ce magnifique parc national, partir à 6 en balade à la recherche des ours (qui ne sont visibles que sur les pancartes), regarder les enfants s’équiper de bâtons en cas d’attaque et écouter leurs conversations suffit pour rendre la journée particulière. Puis après une longue marche tous ensemble (il y en a peu donc je m’en souviens), les enfants et nous couverts de poussière, nous nous arrêtons dans un « lodge », le seul du parc. Nous nous installons sur la terrasse de cet hôtel magnifique malgré la décoration un peu désuète, vue sur les falaises, comme si nous faisions partie des murs. Cela peut paraitre anodin, mais lorsqu’on campe depuis plusieurs semaines, qu’on vit dans la poussière, qu’aucun camping n’offre une connexion wifi acceptable et qu’il faut tout faire soi-même, l’accès à un confort que nous avons eu l’impression sûrement à tort de voler est absolument génial.

3 mauvais moments :

  • 20ème jour, jour de lassitude. Nous avons parcouru l’Oregon, nous avons été dans les grands parcs connus de Californie (Yosemite, Sekoïa Park), nous avons traversé l’Arizona pour rejoindre les canyons de l’Utah et le voyage se termine dans plus de 10 jours. Les enfants se lassent des balades, trouvent les routes trop longues, re-deviennent exigeants, réclament des films. J’ai aujourd’hui du mal à m’affranchir de la logistique lourde de ce camping-car à 6, du manque de propreté et de confort et malgré la taille de ce R-V, nous continuons à nous cogner partout !
  • Emile, réveil à partir de 5h du matin. Nous ne nous couchons jamais tard, mais le réveil d’Emile est toujours trop tôt. Bien que passant la journée au soleil, dans la nature, sans facteur de stress, 3 « grands » enfants génèrent de la fatigue physique et parfois nerveuse. Emile dans la fratrie est le plus mignon, il sourit tout le temps, se balance sur son transat et prend tous ses biberons sans peine. Quand il se plaint, sa tétine l’arrête et il dort en roulant en poussette ou en camping-car. Facile. Mais ce réveil insidieux tous les matins, qui nous semble de plus en plus tôt devient de plus en plus lourd à supporter. Il peut faire froid, qui va se lever pour lui remettre sa tétine ? combien de fois ? car elle ne suffit pas toujours, jusqu’à quelle heure attendre pour lui donner son biberon ?! C’est précisément à ce moment-là que notre 4ème, si mignon pendant la journée nous nargue et nous rappelle qu’il ne faut pas croire qu’il n’y a pas de différence entre 3 et 4 enfants !
  • Le naturel revient au galop : nous avons décidé de réaliser ce voyage pour nous retrouver en famille, à l’écart de toute autre contrainte, traverser des paysages extraordinaires et les découvrir ensemble, à 6. En fait, quels que soient leurs âges, les enfants de moins de 8 ans n’ont pas les mêmes attentes que vous. Ils choisiront toujours le camping le plus laid s’il a une piscine et un bon « playground ». Il vaut mieux avoir un toboggan en plastique qu’une belle vue sur les montagnes. Ils préfèrent voir 100 fois le même dessin animé, plutôt que de rêvasser devant un paysage inconnu. Et puis surtout, ils n’imaginent pas, sauf Candice parfois, que nous dédions absolument tout notre temps à eux. Enorme différence par rapport à notre vie en France où même en famille, il y a toujours quelque chose pour nous distraire de leur besoin d’exclusivité. Malgré cela, ils nous donnent des ordres (les garçons), se passent des formules de politesse de base et ne se rendent même pas compte qu’on les couche tôt juste pour retrouver une petite plage de tranquillité, avant de s’endormir, épuisés…

Candice :

J’ai aimé :

  • Faire du feu le soir, et faire griller des chamallows
  • La balade avec Maman à Crater Lake, au calme sans les 3 garçons, et le lac était magnifique
  • Regarder un western tous ensemble

Je n’ai pas aimé :

  • Me lever le matin alors qu’il faisait très froid dans le camping-car
  • Rouler très longtemps, on s’ennuie et j’avais mal au cœur
  • Dormir avec Maxime qui bouge tout le temps

Georges :

J’ai aimé :

  • Faire du buggy dans les dunes
  • Faire du bateau sur le Lac Powell, et même du pédalo et du paddle sur un autre lac
  • Regarder un western, je voudrais être un cow boy quand je serai grand, et être sheriff pour avoir le droit de tuer les bandits. Mais pas faire les bisous sur la bouche comme la fille.

Je n’ai pas aimé :

  • Quand Netflix ne marchait pas et qu’on ne pouvait pas regarder l’IPAD, ou quand on n’avait pas le droit de le regarder
  • Quand Max m’embête
  • Quand Emile pleure

Maxime :

J’ai aimé :

  • Je sais pas. Est-ce que c’est maintenant le tour du monde ?

Je n’ai pas aimé :

  • Tu sais très bien ! Quand je suis tombé dans les cactus !

3 commentaires sur « Regards croisés »

  1. C’est très sympa de vous lire dans ce récit où vous racontez les bons comme les moins bons moments. J’espere que vous vous plairez à San Francisco et que cela vous reposera un peu!affectueusement.
    Véronique.

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