Maker Movement ou Garbage Disposer ?

Je n’ai jamais autant bossé que depuis que je suis en année sabbatique ! Et malheureusement je n’ai pas le staff de la Sécu version Coluche (cf le mythique : « Je bosse à la Sécu, chuis crevé, y’a du boulot pour 4… Heureusement qu’on est 8 !). Pire, j’ai du staff à la maison (4 enfants entre 8 ans et 5 mois), mais c’est moi qui dois bosser pour eux ! Fini le confort du dirigeant de PME qui peut demander des analyses à ses collaborateurs, ou faire appeler le support technique pour réparer l’imprimante…

Les gens à San Francisco sont extrêmement réactifs et accueillants quand on leur demande un rendez-vous. C’est dans la culture locale, celle d’un grand écosystème dans lequel l’autre peut toujours vous apporter quelque chose, aujourd’hui ou demain, et vous-mêmes pouvez avoir besoin d’aide un jour. Donc à partir du moment où on respecte certaines règles comme celle d’aller droit au but pour ne pas perdre de temps, les gens sont en général disponibles pour vous rencontrer sans en attendre un retour immédiat. Et ils répondent aux mails dans la journée… Je navigue donc sur un rythme de 2 entretiens par jour avec des gens sympas, le plus souvent intéressants, avec lesquels j’échange sur la vie à San Francisco et ce qui semble manquer à Paris. Mais à chaque nouvelle idée, il faut analyser, faire des recherches sur internet, un début de business plan sur Excel … J’ai la chance d’avoir de nombreux contacts en France avec des domaines d’expertise, je les sollicite donc sur les sujets sur lesquels je travaille pour avoir leur avis sur une possible transposition en France. Mais l’école commençant à 8h30 le matin, les 9h de décalage horaire obligent à passer ces appels pour la France entre 7h et 8h le matin. Les entretiens ont lieu l’après-midi, les recherches internet et analyses sont faites le soir quand tout le monde est couché. Sans compter tous les amis Français qui savent que je cherche des idées, et me proposent les leurs, que je creuse à mes rares heures perdues. Bref, épuisante cette vie de sabbaticien…

J’avais commencé par m’intéresser à la question de l’évolution de la mobilité, en prenant le contre-pied de la tendance, celle de ne plus avoir de voiture pour utiliser celle des autres. Je me suis dit qu’il faudrait bien que certains continuent à gérer les actifs que constituent les véhicules, et que cela pouvait en plus être une opportunité pour créer une foncière de parkings, dont le financement serait assuré par l’exploitation des voitures. Je voulais appliquer le concept aux systèmes Peer to Peer type Drivy, comme Voitures Noires le fait pour Uber.

Après analyse et contacts d’experts en France… je vais laisser tomber ! 1 idée au panier, 1 ! En effet, le problème majeur des parkings privés à Paris est qu’ils sont quasiment tous en copropriété, et qu’il est très difficilement envisageable d’y faire accéder du public extérieur à la résidence, pour venir y récupérer une voiture louée pour 1h sur un site peer to peer. Ou de venir garer sa voiture dans une copropriété en payant 1h de parking. On passe…

Mais depuis j’ai eu d’autres idées !

La première est liée à la tendance de fond du Maker Movement à San Francisco. Une tendance dans laquelle les gens cherchent de plus en plus à fabriquer des choses par eux-mêmes, et sont aidés en cela par le rapide développement des imprimantes 3D. Des fabs labs fleurissent ici, proposant à un public averti d’utiliser des logiciels et machines, souvent coûteuses, pour fabriquer des objets uniques, souvent techno. Problème : les logiciels, les machines complexes et moi, ça fait 2 … ou 3. Mais je pense qu’il y a de nombreuses opportunités autour de cette volonté de fabriquer des choses par soi-même, un rapport à l’objet personnalisé, fruit de son propre travail, qui me semble une tendance de fond dans une société de loisirs où trop de choses deviennent virtuelles, et où les « consommateurs » se désolidarisent des marques et leurs objets en série. Je ne me vois pas trop ouvrir des fab lab peuplés de machines auxquelles je ne comprendrai rien… Mais cette tendance peut prendre beaucoup d’autres formes. Des abonnements à des box technologiques pour enfants et adultes, avec des tutoriels pour la fabrication. Des machines de fabrication de produits de consommation personnalisés, comme le home-brewing pour la bière : les particuliers peuvent s’équiper de micro-brasseries, choisir les ingrédients, et brasser leur propre bière à la maison ! Ou encore cette activité qui semble plus traditionnelle mais que je n’ai jamais vu en France : nous sommes allés avec Aude et les enfants dans un atelier de peinture sur poteries non-finies. Les poteries sont cuites une première fois, et vendues blanches, et on s’installe sur place pour les peindre comme on veut. Elles sont ensuite recuites, et on repart avec son modèle personnalisé en couleur. Nous avons passé un super moment avec les enfants, nous avons maintenant des mugs et porte-bougies perso, assez moches mais c’est nous qui les avons fabriqués, et les enfants étaient ravis. De super cadeaux pour Noël, la fête des mères, etc… Comme j’ai une petite expérience de ce genre d’activités, anniversaires d’enfants, événements d’entreprise, summer camp, cycles de cours, etc…. je crois que je vais creuser l’idée. Le leader US, Color Me Mine, a 140 franchisés quand même…

Et pour terminer la semaine, je vais porter plainte contre l’absence de Garbage Disposer en France. Mais que fait le gouvernement ? Garbage Disposer, Kezako ? On en trouve partout aux US, et nulle part en France. C’est un broyeur qu’on installe sous l’évier, et qui fait de la soupe avec les déchets organiques, et les évacue ensuite par la canalisation d’eaux usées. Finies les chemises tâchées en tenant le couvercle de la poubelle pendant qu’on s’évertue à manier la fourchette pour vider le reste de son assiette ! Finis les samedi matins passés à jouer au plombier pour déboucher l’évier en démontant cette foutue canalisation. Ils en ont tous ici, pourquoi pas nous ? Il doit y avoir une bonne raison, parce que je peux passer une heure à discuter avec un Américain des meilleures idées de business de la Terre, ce qui fascinera le plus restera : « What ? There’s no Garbage Disposers in France ??? »

8 commentaires sur « Maker Movement ou Garbage Disposer ? »

  1. Certes, Victor, mais si je comprends bien c’est une machine à broyer, comme nous avons des « sanibroyeurs » de chiottes, et au fond c’est une bonne idée d’avoir transposé le système pour une partie des déchets ménagers. Mais ce n’est qu’une machine, donc un produit industriel, avec son service après-vente éventuel. Quelle est votre idée ? Votre description de vos journées et des contraintes quotidiennes est passionnante. Bravo! Amaury.

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    1. Merci Amaury. Effectivement pas facile de trouver un business à monter autour d’un bon produit comme les broyeurs d’évier qu’on ne trouve pas en France. Il serait possible de racheter une entreprise de plomberie / électricité pour pousser le produit à chaque intervention? Avec certainement une activité de service après-vente. De faire l’importation et de vendre les produits avec une marge : bof… Mais vous avez raison, en creusant c’est plus une bonne idée de matériel à installer chez soi qu’une activité potentielle économique pour quelqu’un comme moi. Donc je passe à autre chose…

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  2. Sympa de vous suivre. Merci de nous faire partager votre vie et vos projets. Pour la peinture sur faïence (ou porcelaine), c’est vrai, les gens aiment bien décorer un objet qu’ils garderont et utiliseront ensuite, même s’ils sont nuls. Il m’est arrivé souvent d’animer des goûters d’enfants pour de bonnes amies: on prévoyait un certain temps pour cette activité et jamais cela n’était suffisant tellement les enfants étaient contents… J’ai fait des matinées d’ateliers pour des enterrements de vies de garçons et de jeunes filles…Rigolo aussi. Très jolie votre maison bleue. Je vous embrasse tous les 6. Laurence

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  3. La premiere fois que j’ai vu un Garbage disposer: SF en 1988 !!! C’est dire…mais je dois ajouter que je n’en ai vus nulle part ailleurs dans le monde…

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  4. Hello Victor,
    Pas très fan du garbage disposer, c’est un métier trop simple de distribution uniquement. Je pense que cela marcherait en France, c’est tendance, mais quelle est ta valeur ajoutée à long terme face à des e-commerçants?
    Loisirs Créatifs: ce n’est pas une nouveauté en France, tu le dis toi-même, mais clairement un énorme potentiel de long terme avec certainement de la place pour innover, notamment si tu sors du pur retail en ajoutant des animations. Et là, en plus, tu te rapproches de ce que tu as déjà fait, en plus sur un marché déjà significatif, deux éléments de nature à rassurer un investisseur.
    Des deux pistes, je creuserais donc la seconde!
    Et va voir House of Air, c’est quand même un succès énorme.
    Keep going, bisous à tous

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  5. Bonjour
    Le garbage disposer est tout de même un bel heritage de la société de consommation, on balance dans un tuyau des produits consommables ou biodégradables qui pourraient avoir une seconde vie. Les américains ont-ils mis en place un service de collecte de déchets végétaux (épluchures etc) qui remplacerait les garbage disposers? J’imagine des cyclistes comme ceux de Deliveroo qui ramassent des boîtes et vont alimenter des composteurs de quartier, tout cela par Jardiland.
    Intéressé par vos observations sur la mode des fablabs.
    Cordialement.

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