Le temps long

img_1946

Au Mexique, nous nous sommes dirigés vers la moitié du voyage, et avons eu l’impression de flotter dans une dimension temporelle nouvelle pour nous, une sorte de temps long.

Nous sommes partis depuis plus de quatre mois maintenant, et ne sommes plus au début du voyage, quand nous découvrions une nouvelle vie, personnelle et familiale. Pourtant nous sommes encore loin du retour, dans 6 mois. Pendant ces 3 semaines dans le Yucatan, nous n’avions pas les objectifs, parfois stressants, que nous poursuivons lors de nos séjours dans les grandes villes étapes, San Francisco, Singapour et New York. Nous n’avions pas non plus les sollicitations ou la vie sociale que nous pouvons avoir lors de nos vacances habituelles, qui nous occupent en permanence. Pas non plus l’objectif de « profiter à fond » de nos vacances parce que les prochaines seront dans longtemps.

Nous sommes partis depuis longtemps donc, nous ne rentrerons que dans longtemps. Nous restons longtemps sur place, sans rien à faire de spécial, et regardons le temps passer. C’est agréable. Il nous semble que le temps lâche prise, ou que nous lâchons prise, difficile à dire. Ce n’est pas exactement de la décompression, plutôt une sorte de flottement pendant lequel nous laissons les idées venir plus que nous ne les recherchons. Nous lisons régulièrement des articles sur les vertus de l’ennui pour les enfants, ce désœuvrement fondateur, terreau fertile pour l’imagination et la construction personnelle, aux antipodes des tablettes et des sollicitations permanentes sans lesquelles nos enfants ont beaucoup de mal à s’occuper tout seuls. Nous avons l’impression d’avoir vécu nous-mêmes ce désœuvrement fertile, dans lequel c’est justement parce que nous ne poursuivons pas un but précis, via une activité physique ou intellectuelle, parce que nous regardons le temps passer, sans que rien ne nous presse, que des réflexions apparaissent toutes seules, et qu’elles nous semblent plus pertinentes, plus nous correspondre, que si nous les avions poursuivies consciemment par un processus cartésien.

Nous avons l’impression, très personnelle, que ce temps long ne se décrète pas, qu’il peut seulement apparaître lorsque les circonstances s’y prêtent, et lorsque notre esprit a atteint un désœuvrement qui le rend disponible à ces idées qui passent en nous-mêmes. Impossible de dire aujourd’hui ce qu’il en restera dans quelques mois, mais cette expérience restera pour nous un moment spécial de notre voyage, qui, nous l’espérons, nous aura permis de mieux nous connaître et de rendre plus sereins et fermes les choix que nous aurons à faire à l’avenir.

2 commentaires sur « Le temps long »

  1. Bonne annee les Augais, je suis complètement en adéquation avec votre article, et je suis preneuse si vous arrivez à trouver une recette sans lamentation de la part des enfants car moi qd j’essaye de leur expliquer qu il faut S ennuyer un peu c est la crise!!! N’ayez en effet DE votre côté aucun scrupule à regarder un peu le temps passer car c est bien cela le luxe d’avoir quitter POUR un an LA zone de confort de votre environnement parisien non et c est aussi sans nul doute comme cela que LA prochaine brillante idée va germer et mûrir POUR Victor et pkoi chez Aude :-)?! On a haute DE vous revoir mais en attendant absorbez tout ce que vous trouverez sur votre chemin avec boulimie

    J'aime

  2. Le « temps long » est aussi une composante fondamentale et un des grands atouts des voyages en bateau au long cours.
    Annie Wan de Wiele (tourdumondiste à la voile née au début du 20eme siècle) décrit ainsi dans un de ses livres, les jours qui se suivent passés en traversée interminables d’un continent à l’autre :
    « Je voudrais pouvoir dire comme ces précieux jours, vides, ont plus de valeur dans la revue des jours de notre vie, que des semaines d’activités éparpillées sur toutes sortes d’actions, la plupart du temps inutiles, qui remplissent le temps à terre. Notre vie est pleine d’occupations lentes, qui font de chaque jour un cycle achevé, et reste dans notre mémoire comme le type de vie justement employé. »

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s